Le Conte de la Fileuse et des Vents
Atelier KorriganeUn conte de la Pleine Lune des Tempêtes & des Vents
Alors que la Pleine Lune de février s'élève, la fileuse vient vous conter son histoire.
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Installez-vous confortablement. Laissez la fumée de l'encens s'éparpiller en volutes de fumée purificatrice, sentez la chaleur du feu des bougies près de vous. Je vais vous conter l'histoire d'une femme qui avait oublié son propre nom. Une histoire qui peut-être résonnera en vous.
Il était une fois, dans un temps qui pourrait être hier comme il y a mille ans, une femme que tout le village appelait simplement la Fileuse. Personne ne se souvenait de son véritable nom. Pas même elle.
Chaque jour, elle s'asseyait devant son rouet et filait. Elle filait la laine des moutons du voisin. Elle filait le lin du marchand. Elle filait le coton que les voyageurs rapportaient de contrées lointaines. Ses mains connaissaient le geste par cœur. Tourner, tirer, enrouler. Tourner, tirer, enrouler.
Mais si vous l'aviez regardée attentivement, vous auriez vu quelque chose d'étrange. Ses yeux étaient vides. Comme si une flamme s'était éteinte derrière ses pupilles. Comme si elle n'était plus qu'un corps accomplissant des gestes, jour après jour, sans plus savoir pourquoi.
Les gens du village venaient lui confier leur laine et leurs fibres. "File-moi ceci pour ma fille, elle a besoin d'une écharpe", disait l'un. "File-moi cela pour mon fils, il lui faut une chemise", disait l'autre. Et sans un mot, elle filait les rêves des autres, les besoins des autres, les attentes des autres.
Mais ses propres rêves ?
Disparus.
Sa propre passion ?
Oubliée.
Son propre feu ?
Éteint depuis si longtemps qu'elle ne se rappelait même plus la sensation de la chaleur dans sa poitrine, ce battement vivant qui fait qu'on a envie de bondir du lit le matin, cette fureur de vivre qui donne un goût aux choses.
Elle s'était laissé trimballer par la vie comme une feuille morte portée par des vents qu'elle ne contrôlait pas. Elle avait accepté tous les fardeaux qu'on lui avait donnés à porter. Elle avait dit oui quand elle pensait non. Sa voix s'était faite silence quand elle voulait hurler. Elle avait étouffé son tambour intérieur jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un murmure imperceptible.
Et maintenant, assise devant son rouet, elle ne savait même plus quel était le carburant qui faisait tourner son propre moteur de vie.

C'était une nuit de février. Une nuit où la Lune devait être Pleine, mais la Fileuse ne regardait jamais le ciel. À quoi bon ? Elle filait, même la nuit, à la lueur d'une bougie qui vacillait.
Soudain, un vent se leva.
Pas un petit vent. Non. Un vent terrible, furieux, sauvage. Le genre de vent qui arrache les volets, qui fait gémir les murs, qui siffle entre les pierres comme une bête affamée.
La Fileuse leva les yeux, surprise. Cela faisait si longtemps qu'elle ne levait plus les yeux.
Et là, à travers la fenêtre, elle La vit.
La Lune.
Énorme. Ronde. Parfaite. Suspendue dans le ciel comme un miroir d'argent au milieu d'un chaos de nuages noirs qui couraient, poursuivis par les vents déchaînés. Des éclairs illuminaient parfois la scène, rendant le spectacle encore plus saisissant.
La Lune la regardait.
Non, plus que cela. La Lune la voyait.
Et dans ce regard lunaire, la Fileuse sentit quelque chose se briser en elle. Quelque chose d'ancien et de douloureux. Quelque chose qui avait besoin de se briser.
Elle ouvrit la fenêtre.
Le vent s'engouffra dans la pièce comme une meute de loups invisibles. Il renversa les bobines de fil. Il fit voltiger les fibres non filées. Il éteignit la bougie. Il arracha des étagères les commandes des autres, les attentes des autres, les besoins des autres.
Et la Fileuse, au lieu d'avoir peur, se mit à rire.
Un rire qu'elle ne s'était pas entendu produire depuis des années. Un rire qui venait du ventre, profond et libérateur.
Les vents de février tournoyaient autour d'elle, de plus en plus vite. Ils arrachaient de ses épaules des poids invisibles. Ils emportaient des chaînes qu'elle ne savait même pas porter. Ils faisaient tomber des branches mortes de son être qu'elle traînait depuis trop longtemps.
C'était violent. C'était nécessaire. C'était une purification sauvage.

Quand le premier tourbillon s'apaisa un peu, la Fileuse se retrouva debout au centre de sa chambre dévastée, haletante. Et la Lune, toujours là à la fenêtre, brillait d'une clarté souveraine.
Alors, quelque chose d'étrange se produisit.
La lumière de la Lune se concentra, forma un rayon argenté qui entra par la fenêtre et se matérialisa devant la Fileuse. Là, flottant dans l'air, se tenait un immense miroir ovale au cadre d'argent ciselé.
"Regarde" murmura le vent dans une langue que la Fileuse comprenait sans l'avoir jamais apprise.
Elle s'approcha du miroir. Et ce qu'elle y vit la fit reculer d'abord, puis avancer à nouveau, fascinée.
Dans le miroir, elle ne voyait pas simplement son reflet. Elle voyait qui elle était vraiment. Pas la Fileuse que le village connaissait. Pas la femme éteinte qui disait oui à tout. Non.
Elle voyait une flamme. Une flamme qui brûlait au centre de sa poitrine, petite mais réelle, comme une braise qui n'avait jamais complètement disparu. Elle voyait son tambour intérieur, qui battait encore, même faiblement. Elle voyait cette chose précieuse que personne d'autre ne possédait exactement de la même façon.
"Mais...", commença-t-elle, la voix rauque de ne pas avoir servi depuis si longtemps. "Comment ai-je pu oublier ? Comment ai-je pu l'enterrer si profondément ?"
Le miroir ne répondit pas avec des mots. Il lui montra.
Elle vit les scènes défiler. Chaque fois qu'elle avait su quelque chose sur elle-même, mais avait continué à agir comme si elle ne le savait pas. Chaque fois qu'elle avait identifié ce qui la faisait vibrer, mais avait choisi la sécurité plutôt que l'authenticité. Chaque fois qu'elle avait entendu l'appel de son âme, mais avait préféré le silence confortable du connu.
Chaque fois qu'elle s'était trahie elle-même.
Les larmes coulèrent sur ses joues. Mais ce n'étaient pas des larmes de honte. C'étaient des larmes de reconnaissance, de retrouvailles avec elle-même.
"Je me souviens", murmura-t-elle. "Je me souviens de qui je suis."

C'est alors que la voix de la Lune, portée par les vents, résonna dans tout son être :
"Fille des tempêtes, enfant des vents, tu as porté ce qui ne t'appartenait pas. Tu as étouffé ton feu pour que d'autres aient chaud. Tu as tu ton tambour pour ne pas déranger. Mais ce temps est révolu."
"Cette nuit, je t'offre un cadeau. Le cadeau de la purification par les vents."
"Mais à toi maintenant de choisir : vas-tu rallumer ta flamme ? Vas-tu laisser ton tambour résonner ? Vas-tu oser vivre ta vie à fond, même si cela dérange, même si cela fait peur, même si cela ne ressemble à rien de ce qu'on attend de toi ?"
La Fileuse regarda une dernière fois le miroir. Elle vit la femme qu'elle pourrait devenir si elle disait oui. Une femme debout. Enracinée. Inébranlable face aux tempêtes. Avec une flamme qui brûlait clair et vrai dans sa poitrine.
Alors elle prit une grande inspiration. Elle leva les mains vers la Lune. Et elle prononça des mots qui montèrent du plus profond d'elle-même, des mots qu'elle ne savait pas connaître :
"Ô Lune des Tempêtes & des Vents, miroir de lumière au cœur de l'ouragan,
Toi qui illumines le chaos et transformes la tourmente en purification,
Je t'appelle ce soir pour retrouver mon feu.
Comme le tambour qui résonne au creux de la terre,
Je veux que mon cœur se remette à battre au rythme de ma vérité.
Comme les vents qui balaient et nettoient,
Je consens à ce que tu chasses loin de moi tout ce qui n'est pas mien.
Que la tempête en moi fasse tomber les branches mortes,
Que les vents arrachent ce qui ne tient plus,
Que l'ouragan intérieur révèle ce qui est solidement enraciné.
Montre-moi ma flamme intérieure,
Celle qui fait tourner mon moteur de vie sans forcer,
Celle qui est authentique, brute, puissante.
Rappelle-moi qui je suis quand j'ose être moi.
Cette nuit, sous ta clarté argentée au milieu de la tourmente,
Je choisis de rallumer ma flamme,
De récupérer ma passion,
De vivre ma vie à fond.
Je ne m'excuserai plus d'être.
Je ne diminuerai plus ma lumière.
Je ne tairai plus mon tambour intérieur.
Je tiendrai debout face aux vents qui soufflent.
Lune des Tempêtes & des Vents, bénis cette renaissance,
Que le feu que tu rallumes en moi
Brûle clair et vrai, inébranlable face aux tempêtes.
Qu'il en soit ainsi."

Quand les derniers mots de l'incantation s'envolèrent, portés par les vents, la Fileuse sut exactement ce qu'elle devait faire.
Elle rassembla ce qui restait sur son autel, car oui, elle avait eu un autel autrefois, avant d'oublier. Elle le retrouva sous la poussière et les toiles d'araignée, dans un coin de sa chambre.
Elle alluma deux bougies. Une blanche comme l'argent de la Lune. Une rouge comme le feu qu'elle voulait rallumer en elle.
Entre les deux bougies, elle plaça un bol d'eau claire. L'eau reflétait la lumière des flammes et de la Lune qui entrait par la fenêtre.
Puis elle prit du papier et un morceau de charbon, et elle écrivit rapidement, sans réfléchir, tout ce qu'elle avait porté qui ne lui appartenait pas :
Les attentes de ma mère qui voulait que je sois sage et discrète.
La peur de mon père qui ne croyait pas aux rêves.
Le jugement des voisins qui trouvent que je devrais être différente.
L'habitude de filer pour les autres alors que je ne veux plus filer du tout.
Le poids de devoir être parfaite, acceptable, raisonnable.
Elle écrivit tout. Et quand elle eut terminé, elle sentit ses épaules se relâcher.
Elle trempa ses doigts dans le bol d'eau et traça un point sur son front, son cœur, ses mains. "Par l'eau de vie et les vents purificateurs, je purifie mon être. Ce qui n'est pas mien s'envole maintenant."
Puis elle déchira le papier en mille morceaux et les jeta dans le bol. Elle regarda l'encre se dissoudre, les mots se défaire. Plus tard, elle irait dehors et laisserait le vent sécher ces morceaux avant de les rendre à la terre.
Ensuite, elle prit un nouveau papier. Et cette fois, la main sur le cœur, elle écouta. Elle écouta ce qui montait depuis son centre, depuis cette braise qui n'avait jamais complètement disparu.
Ce qui me fait vibrer : tisser des histoires, pas filer du fil.
Ce qui me rend vivante : marcher pieds nus dans la forêt et parler avec les arbres.
Mon feu unique : je suis une conteuse, une tisseuse de mots, une gardienne de la mémoire ancienne.
Si je vivais pleinement ma vérité : je voyagerais de village en village, partageant les vieux contes et collectant les nouveaux.
En écrivant ces mots, elle sentit quelque chose d'extraordinaire se produire. La braise dans sa poitrine grandit. Elle devint une flamme. Une flamme dorée et rouge qui réchauffait tout son être de l'intérieur.
Elle alluma alors la bougie rouge avec la flamme de la bougie lunaire, et elle dit avec une force qu'elle ne se connaissait plus :
"Je rallume mon feu intérieur. Je reconnais mon carburant. Je choisis de vivre ma vie à fond, alignée avec ma vérité. Mon tambour résonne à nouveau. Qu'il en soit ainsi."

À l'instant où elle prononça ces mots, quelque chose de magique se produisit.
Le rouet, ce vieux rouet qui l'avait emprisonnée pendant tant d'années, se mit à craquer. Le bois gémit. Et soudain, dans un grand fracas, il se brisa en mille morceaux.
Mais au lieu d'être effrayée, la Fileuse, non, elle n'était plus la Fileuse désormais, se mit à rire. Un rire puissant, libérateur, sauvage.
Les morceaux du rouet se transformèrent. Le bois devint des bâtons de marche. La roue devint un tambour. Le fil restant devint une cape.
Et elle, elle se transforma aussi.
Ses cheveux, qui avaient été ternes et attachés, se libérèrent et ondulèrent autour de son visage. Ses yeux, qui avaient été éteints, brillèrent d'un feu nouveau. Son corps, qui avait été voûté sous le poids des fardeaux, se redressa.
Elle se tint debout face à la fenêtre ouverte, face à la Lune, face aux vents qui continuaient de souffler. Mais maintenant, au lieu d'être une victime des vents, elle était leur sœur. Elle se tenait enracinée, inébranlable, au centre de son propre ouragan.
"Je me souviens", dit-elle à la Lune. "Je me souviens de mon nom."
Et elle le prononça. Son vrai nom. Celui qu'elle s'était donné à elle-même, pas celui que les autres lui avaient attribué. Un nom qui résonnait avec son essence profonde, avec son carburant unique.
La Lune sourit, oui, les Pleines Lunes peuvent sourire quand elles voient une âme se retrouver.
"Va maintenant", murmura le vent. "Va et vis ta vie à fond. Ne t'excuse plus d'être. Ne diminue plus ta lumière. Ne tais plus ton tambour intérieur. Le chemin t'attend."

Quand l'aube se leva, les villageois furent surpris de ne pas voir la fumée s'échapper de la cheminée de la Fileuse. Ils vinrent frapper à sa porte. Personne ne répondit.
Quand ils ouvrirent la porte, ils trouvèrent la pièce vide. Le rouet en morceaux. Les commandes des autres éparpillées par terre, oubliées. Sur l'autel, deux bougies qui se consumaient, une blanche et une rouge.
Et sur la table, un message écrit d'une main ferme :
"Je suis partie retrouver mon feu.
Je suis partie vivre ma vérité.
Ne me cherchez pas.
Je suis exactement là où je dois être."
Certains dirent qu'elle était folle. D'autres, qu'elle était égoïste. Mais quelques-uns, ceux qui avaient eux aussi oublié leur propre feu, regardèrent la Lune cette nuit-là et se demandèrent : "Et moi ? Quel feu brûle en moi ? Qu'est-ce que je porte qui ne m'appartient pas ?"

Des années plus tard, on racontait qu'une conteuse voyageait de village en village. Une femme aux yeux de feu, aux cheveux sauvages, à la voix qui résonnait comme un tambour ancien. Elle arrivait avec les vents de février, quand la Lune était Pleine et que les tempêtes balayaient le pays.
Elle s'asseyait au coin de l'âtre et racontait des histoires. Des histoires de transformation. Des histoires de gens qui avaient retrouvé leur feu. Des histoires qui faisaient pleurer et rire et se souvenir.
Et à la fin de chaque histoire, elle regardait son audience et demandait : "Et toi ? Connais-tu ton feu intérieur ? Portes-tu des fardeaux qui ne t'appartiennent pas ? Ton tambour intérieur résonne-t-il, ou l'as-tu étouffé pour plaire aux autres ?"
Beaucoup détournaient le regard, mal à l'aise. Mais certains, il y en avait toujours quelques-uns, sentaient quelque chose se briser en eux. Quelque chose d'ancien et de douloureux. Quelque chose qui avait besoin de se briser.
Et ces quelques-uns, guidés par la conteuse, attendaient la prochaine Pleine Lune des Tempêtes & des Vents. Ils allumaient deux bougies. Ils écrivaient sur du papier. Ils laissaient les vents purificateurs emporter ce qui ne leur appartenait pas. Ils rallumaient leur feu intérieur. Ils avaient fait la paix avec leur passé et regardaient l'avenir avec confiance.
Et chaque fois, la Lune souriait.
Car c'était son travail, depuis la nuit des temps : rappeler aux âmes égarées qui elles étaient vraiment. Les secouer quand elles s'endormaient dans des vies qui n'étaient pas les leurs. Les purifier par les tempêtes. Les rallumer par son miroir d'argent.

Maintenant je vous regarde, vous qui lisez ou écoutez ces mots.
Et toi ? te demande-je doucement. Reconnais-tu la Fileuse en toi ? Ces parties de toi qui ont oublié, qui portent, qui s'étouffent ? Et toi te redemande-je, regarde-tu l'avenir avec confiance ? Comment regarde-tu ton passé ?
La prochaine Pleine Lune des Tempêtes & des Vents arrive. Elle arrive toujours. Et quand elle sera là, haute dans le ciel, entourée de nuages de tempête et de vents qui hurlent, tu auras le choix.
Tu peux fermer les volets et retourner à ton rouet, continuer à filer la vie des autres. Ou...
Elle se penche en avant, et sa voix devient un murmure puissant :
Ou tu peux ouvrir la fenêtre. Laisser les vents entrer. Regarder dans le miroir d'argent que la Lune te tend. Et oser te souvenir de qui tu es vraiment.
Oser rallumer ton feu.
Oser laisser ton tambour résonner.
Oser te tenir debout au centre de ta propre tempête.
Le choix t'appartient. Il t'a toujours appartenu.
Ce conte vous est offert pour la Pleine Lune des Tempêtes & des Vents. Que vous y trouviez le courage de vous souvenir, la force de laisser partir, et la sagesse de rallumer votre feu.
Que votre flamme brûle clair et vrai, même au cœur de l'ouragan.
Qu'il en soit ainsi.
⚝ Kare, Créatrice d'Inspirations, Vate de l'Awen & Conteuse du Paganisme.
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